dimanche 15 janvier 2012

Dire et vouloir dire

Autour de « Must we mean what we say ? » de S. Cavell

Introduction :

« Devons-nous vouloir dire ce que nous disons ? ». Question déroutante au premier abord. Il ne s’agit plus ici de questionner le « sens », dans son rapport canonique à la référence mais envisager une autre dimension de ce que l’on dit, à savoir « son vouloir ». Mais Que peut-on entendre par « le vouloir » d’un dire ? Est-ce seulement sa capacité à suggérer (indiquer) quelque chose qui n’est pas énoncé explicitement dans ce que j’ai dit ? Dépend-il simplement l’intention (le « vœu » du locuteur)? Sur quels chemins nous mène cette recherche sur ce que nous voulons dire, et quelle nuance apporte la question de savoir si nous devons ou non « vouloir dire ce que nous disons » ?
C’est là un vaste champ problématique, d’autant plus vaste qu’il ne faut pas minorer la portée « provocatrice » de cet acte de naissance philosophique de Stanley Cavell. Cette conférence[1], prononcée en présence d’Austin lors de la réunion de l’Association Américaine de Philosophie de décembre 1957 « est explicitement une défense du travail de [son] maître, Austin, contre une attaque qui rejetait ce travail comme non-scientifique, refusait de l’inclure dans les rangs de la philosophie ». C’est pourquoi il nous faut avant toute chose présenter le « contexte » d’énonciation de ce texte si fondamental chez Cavell puisqu’il est « un article qu’[il] utilise toujours, c’est-à-dire celui dans lequel [il a] trouvé [sa] voix philosophique (ou sa trace) » (Idid.), pour introduire et comprendre tous les enjeux du problème posé par le vouloir dire ce que nous disons.
L’appel cavellien de la prise en compte de la philosophie du langage ordinaire, lancé cette année-là et réaffirmé lors de la parution de Must We Mean What We Say en 1969, s’est fait à une époque où la philosophie analytique régnait sans partage sur le monde universitaire anglo-saxon. Héritière[3] de  l’empirisme logique viennois, qui a placé la logique et le vérificationnisme sur un trône, la « critique institutionnelle » tend à disqualifier les procédures de la philosophie ordinaire en les plaçant tout simplement hors du champ philosophique, en déclarant ces dernières irrecevables du fait de leur refus de se fonder sur des données empiriques, c’est-à-dire comme ne remplissant pas les conditions de vérifiabilité empirique.

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mardi 10 janvier 2012

Frédéric Chauvaud (sous la direction de), L’ennemie intime. La peur : perceptions, expressions, effets


4e de couverture :

Sentiment d’inquiétude que l’âme éprouve à la présence ou à la pensée du danger, telle est la définition de la peur donnée par le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse. Ouvert dans les années 1970, le dossier de la peur, « composante majeure de l’expérience humaine », s’attachait principalement à la i n de l’époque médiévale et à l’époque moderne. Il méritait donc d’être revisité et poursuivi à un moment où les sondages auscultent les arrière-pensées et tentent de dévoiler les angoisses du présent et celles de l’avenir. Pour les lexicographes et les spécialistes de la psychologie, la peur est d’abord « l’ennemie intime » des hommes et des femmes isolées ou vivant en collectivité. Mais tout le monde n’est pas accessible de la même manière à la peur. Des sociétés peuvent y succomber toute entière, d’autres y faire face.

La peur, « sentiment universel » peut être réelle, provoquée par une menace attestée, mais elle peut aussi être imaginée et susciter davantage d’incertitude et d’angoisse que les peurs effectives face à un risque connu. Les peurs connaissent de multiples nuances et degrés et ne sont pas immuables. Elles fonctionnent souvent par cycle. La perception d’un danger et les craintes plus ou moins vives suscitées peuvent surgir brusquement, disparaître et resurgir.

Pour aborder ce vaste territoire, les expressions, les perceptions et les effets ont été privilégiés à partir de quatre entrées : les images et les mots relatifs à la peur ; les peurs suscitées par les éléments déchaînés ; les peurs sociales et l’effroi suscité par une situation ou une catégorie ; et andin les peurs publiques allant de la frayeur face la guerre civile à l’anxiété devant les populations flottantes représentées par les mendiants.

L’auteur


Frédéric Chauvaud, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Poitiers, responsable de l’équipe “Sociétés conflictuelles” du CIRHAM (GIERICO-CERILHIM EA 4270) vient de co-diriger Justice et sociétés rurales du XVIe siècle à nos jours et de publier La chair des prétoires.